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Xavier Moreau
Après
l’annonce de l’envoi de renforts par le
Président Obama, le blog « Guerre et Paix »
revient sur la guerre en Afghanistan sous trois
angles différents : américain, allié et
soviétique. Première partie cette semaine : la
stratégie américaine.
Sans réelle
surprise, le Président Obama a décidé de
renforcer sensiblement le contingent américain
en Afghanistan. Il ne fait là que suivre son
programme électoral dans lequel il avait fait du
front afghan, la priorité. Trouver une logique à
ce nouveau projet n’est pas chose aisée. On peut
critiquer la politique de Bill Clinton dans les
Balkans, mais la logique de ses actions ne peut
être remise en cause. Ses buts étaient clairs
pour n’importe quel observateur avisé. L’arrivée
de Georges Bush et le 11 septembre 2001 ont fait
basculer les Etats-Unis d’une puissance
machiavélique à un acteur apparemment
irrationnel. Cette impression de confusion est
en fait liée à la dichotomie complète, entre les
buts de guerre réels et le discours moral. Pour
l’Afghanistan comme pour l’Irak, à trop parler
de guerre humanitaire, contre la barbarie et le
terrorisme, tout cela au nom de l’instauration
d’un ordre occidental moral, on finit rapidement
par ne plus trop savoir où on va.
Les motivations
rationnelles possibles de l’entêtement militaire
de Barack Obama ne sont pas très nombreuses.
Nous retiendrons trois hypothèses. L’une d’entre
elle, la plus cynique, serait la volonté de
relancer et de contrôler le trafic de drogue que
les Talibans avaient annihilé, une nouvelle
guerre de l’opium* en quelque sorte. Le frère d’Armid
Kazaï a récemment été inquiété pour trafic de
drogue, et il est de notoriété publique que tout
son clan y participe. Curieusement, Barack Obama
a reproché au gouvernement Karzaï sa corruption,
mais pas l’implication de ses proches dans ce
trafic.
La seconde raison
serait de maintenir coûte que coûte une présence
militaire américaine en Asie Centrale, le « cœur
de monde »** selon l’idéologie anglo-saxonne.
Ainsi, même s’il peut paraître désespéré, le
renforcement de la présence militaire se
justifie. L’idée ne serait alors pas de
contrôler le pays, mais d’y installer des
bastions militaires, particulièrement dans le
nord. Cela peut paraître séduisant, pourtant la
réalité rend ce projet vain. Un bastion dans le
nord tadjik n’a pas de sens avec un Président
pachtoune. La guerre coûte chère, et même si les
unités se contentent de se bunkeriser, leur
présence reste un gouffre financier.
La troisième
hypothèse serait d’admettre qu’Obama a utilisé
la rhétorique un peu usée du risque terroriste
planétaire pour faire passer, sans perdre la
face, son plan de désengagement. Cela
expliquerait ce non sens incroyable d’annoncer
la date du retrait des troupes, avant même
d’avoir commencé les opérations militaires. Ces
renforts seraient, dans ce cas, chargés de
sécuriser les zones et les axes de repli. Il
est, en effet, difficile de croire qu’Obama
puisse espérer gagner en Afghanistan avec 130
000 hommes, alors qu’avec 500 000 hommes,
l’armée américaine n’a pu vaincre le Viêt-Cong.
L’envoi de
renforts par Obama doit être vu, avant tout,
comme un plan de retrait. Hamid Karzaï ne s’y
est pas trompé, réagissant aussitôt en déclarant
que son armée ne pourrait être autonome avant 15
ans. Malgré les déclarations rassurantes de
Robert Gates, il est vraisemblable que les
Etats-Unis ont pris acte de leur échec. Ils leur
restent à gérer la communication, ce qu’ils font
généralement très bien. Il sera cependant
difficile de faire passer ce fiasco pour un
succès.
Lorsqu’en 1996,
les Talibans rentrent dans Kaboul, Madeleine
Albright déclare que la démocratie vient de
faire un grand pas en avant. En politique
étrangère, le cynisme absolu finit par être
contre-productif. Le soutien américain aux états
mafieux ou islamistes, dans le Caucase, en
Europe balkanique, en Asie Centrale, en Amérique
du Sud ou au Moyen-Orient, constituent un très
efficace instrument de déstabilisation et
d’influence. Mais ces états sont par essence
incontrôlables et le risque qu’ils font courir à
la stabilité globale ne peut être circonscris.
L’Europe en fait a la cruelle expérience avec le
Kosovo, devenu un véritable cartel de Medeline***
balkanique. De la guerre d’Afghanistan, il ne
restera qu’une cuisante défaite militaire, des
milliers de soldats blessés ou traumatisés, qui
devront être pensionnés. Pour les dizaines de
milliers de soldats rapatriés, il faudra assurer
une reconversion et trouver du travail dans un
pays en plein marasme économique. Les futures
administrations américaines devront tirer les
leçons de ces aventures sans lendemain, comme a
su le faire la vieille Europe en 2003.
* De 1839 à 1860,
les Britanniques suivis par les autres pays
occidentaux, font la guerre à la Chine, qui veut
mettre fin au trafic d’opium qui détruit
sanitairement sa population. L’armée chinoise
défaite, son gouvernement doit ouvrir son pays à
l’opium. En Indochine, puis au Vietnam, les
services secrets français puis américains
contrôlent le trafic de drogue. C’est notamment
un moyen pour eux de financer leurs opérations.
En Amérique latine, la mainmise de la CIA sur le
trafic de drogue est à l’origine de nombreux
scandales. Certains analystes n’hésitent pas à
parler désormais de géopolitique de la drogue,
tant les flux financiers générés deviennent des
enjeux majeurs.
** A ses
origines, c'est-à-dire au XIXème siècle, la
géopolitique est une science typiquement
germanique et anglo-saxonne. Du côté germanique,
elle aboutit à la notion d’espace vital. Du côté
anglo-saxon, elle aboutit à la nécessité pour
les thalassocraties que sont d’abord
l’Angleterre puis les Etats-Unis d’empêcher
l’union du continent eurasiatique. Pour parvenir
à cet objectif, le contrôle de l’Asie Centrale
et de l’Europe orientale, sont des objectifs
majeurs de ces thalassocraties. Les
géopoliticiens anglo-saxons de référence sont
John MacKinder, Nicholas Spykman, Alfred Mahan,
tandis que Karl Haushofer est le représentant de
la pensée germanique.
*** Les
révélations de Karla Del Ponte sur les trafics
d’organes, impliquant les plus hauts
responsables albanais du Kosovo, ont attiré
l’attention du grand public sur la nature
mafieuse du pouvoir local. Aujourd’hui le Kosovo
est considéré par toutes les polices
européennes, comme la plaque tournante des
trafics d’armes, de drogue et d’êtres humains.
Dans le même temps, la mafia albanaise
s’implante de plus en plus solidement et
violemment en Europe, particulièrement en
Suisse, en Allemagne, en France et en Italie.
Xavier Moreau
Source :
http://www.lecourrierderussie.ru/_frontOffice/printPage.asp?artId=5086 |