Liens Email Contactez-nous Arabic

 

 

Stratégies afghanes

 

MCR[17/12/2009 13:35]


Xavier Moreau


Après l’annonce de l’envoi de renforts par le Président Obama, le blog « Guerre et Paix » revient sur la guerre en Afghanistan sous trois angles différents : américain, allié et soviétique. Première partie cette semaine : la stratégie américaine.

Sans réelle surprise, le Président Obama a décidé de renforcer sensiblement le contingent américain en Afghanistan. Il ne fait là que suivre son programme électoral dans lequel il avait fait du front afghan, la priorité. Trouver une logique à ce nouveau projet n’est pas chose aisée. On peut critiquer la politique de Bill Clinton dans les Balkans, mais la logique de ses actions ne peut être remise en cause. Ses buts étaient clairs pour n’importe quel observateur avisé. L’arrivée de Georges Bush et le 11 septembre 2001 ont fait basculer les Etats-Unis d’une puissance machiavélique à un acteur apparemment irrationnel. Cette impression de confusion est en fait liée à la dichotomie complète, entre les buts de guerre réels et le discours moral. Pour l’Afghanistan comme pour l’Irak, à trop parler de guerre humanitaire, contre la barbarie et le terrorisme, tout cela au nom de l’instauration d’un ordre occidental moral, on finit rapidement par ne plus trop savoir où on va.

Les motivations rationnelles possibles de l’entêtement militaire de Barack Obama ne sont pas très nombreuses. Nous retiendrons trois hypothèses. L’une d’entre elle, la plus cynique, serait la volonté de relancer et de contrôler le trafic de drogue que les Talibans avaient annihilé, une nouvelle guerre de l’opium* en quelque sorte. Le frère d’Armid Kazaï a récemment été inquiété pour trafic de drogue, et il est de notoriété publique que tout son clan y participe. Curieusement, Barack Obama a reproché au gouvernement Karzaï sa corruption, mais pas l’implication de ses proches dans ce trafic.

La seconde raison serait de maintenir coûte que coûte une présence militaire américaine en Asie Centrale, le « cœur de monde »** selon l’idéologie anglo-saxonne. Ainsi, même s’il peut paraître désespéré, le renforcement de la présence militaire se justifie. L’idée ne serait alors pas de contrôler le pays, mais d’y installer des bastions militaires, particulièrement dans le nord. Cela peut paraître séduisant, pourtant la réalité rend ce projet vain. Un bastion dans le nord tadjik n’a pas de sens avec un Président pachtoune. La guerre coûte chère, et même si les unités se contentent de se bunkeriser, leur présence reste un gouffre financier.

La troisième hypothèse serait d’admettre qu’Obama a utilisé la rhétorique un peu usée du risque terroriste planétaire pour faire passer, sans perdre la face, son plan de désengagement. Cela expliquerait ce non sens incroyable d’annoncer la date du retrait des troupes, avant même d’avoir commencé les opérations militaires. Ces renforts seraient, dans ce cas, chargés de sécuriser les zones et les axes de repli. Il est, en effet, difficile de croire qu’Obama puisse espérer gagner en Afghanistan avec 130 000 hommes, alors qu’avec 500 000 hommes, l’armée américaine n’a pu vaincre le Viêt-Cong.

L’envoi de renforts par Obama doit être vu, avant tout, comme un plan de retrait. Hamid Karzaï ne s’y est pas trompé, réagissant aussitôt en déclarant que son armée ne pourrait être autonome avant 15 ans. Malgré les déclarations rassurantes de Robert Gates, il est vraisemblable que les Etats-Unis ont pris acte de leur échec. Ils leur restent à gérer la communication, ce qu’ils font généralement très bien. Il sera cependant difficile de faire passer ce fiasco pour un succès.

Lorsqu’en 1996, les Talibans rentrent dans Kaboul, Madeleine Albright déclare que la démocratie vient de faire un grand pas en avant. En politique étrangère, le cynisme absolu finit par être contre-productif. Le soutien américain aux états mafieux ou islamistes, dans le Caucase, en Europe balkanique, en Asie Centrale, en Amérique du Sud ou au Moyen-Orient, constituent un très efficace instrument de déstabilisation et d’influence. Mais ces états sont par essence incontrôlables et le risque qu’ils font courir à la stabilité globale ne peut être circonscris. L’Europe en fait a la cruelle expérience avec le Kosovo, devenu un véritable cartel de Medeline*** balkanique. De la guerre d’Afghanistan, il ne restera qu’une cuisante défaite militaire, des milliers de soldats blessés ou traumatisés, qui devront être pensionnés. Pour les dizaines de milliers de soldats rapatriés, il faudra assurer une reconversion et trouver du travail dans un pays en plein marasme économique. Les futures administrations américaines devront tirer les leçons de ces aventures sans lendemain, comme a su le faire la vieille Europe en 2003.

* De 1839 à 1860, les Britanniques suivis par les autres pays occidentaux, font la guerre à la Chine, qui veut mettre fin au trafic d’opium qui détruit sanitairement sa population. L’armée chinoise défaite, son gouvernement doit ouvrir son pays à l’opium. En Indochine, puis au Vietnam, les services secrets français puis américains contrôlent le trafic de drogue. C’est notamment un moyen pour eux de financer leurs opérations. En Amérique latine, la mainmise de la CIA sur le trafic de drogue est à l’origine de nombreux scandales. Certains analystes n’hésitent pas à parler désormais de géopolitique de la drogue, tant les flux financiers générés deviennent des enjeux majeurs.

** A ses origines, c'est-à-dire au XIXème siècle, la géopolitique est une science typiquement germanique et anglo-saxonne. Du côté germanique, elle aboutit à la notion d’espace vital. Du côté anglo-saxon, elle aboutit à la nécessité pour les thalassocraties que sont d’abord l’Angleterre puis les Etats-Unis d’empêcher l’union du continent eurasiatique. Pour parvenir à cet objectif, le contrôle de l’Asie Centrale et de l’Europe orientale, sont des objectifs majeurs de ces thalassocraties. Les géopoliticiens anglo-saxons de référence sont John MacKinder, Nicholas Spykman, Alfred Mahan, tandis que Karl Haushofer est le représentant de la pensée germanique.

*** Les révélations de Karla Del Ponte sur les trafics d’organes, impliquant les plus hauts responsables albanais du Kosovo, ont attiré l’attention du grand public sur la nature mafieuse du pouvoir local. Aujourd’hui le Kosovo est considéré par toutes les polices européennes, comme la plaque tournante des trafics d’armes, de drogue et d’êtres humains. Dans le même temps, la mafia albanaise s’implante de plus en plus solidement et violemment en Europe, particulièrement en Suisse, en Allemagne, en France et en Italie.

 Xavier Moreau 

Source : http://www.lecourrierderussie.ru/_frontOffice/printPage.asp?artId=5086

Page d'Accueil

 

Tout Droit Réservé au MCR-Libye