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Théo von Büren
Samedi, 5 Décembre 2009
Rarement une votation populaire
n’avait soulevé une telle vague de passions. De
mémoire, seules les votations historiques sur
les questions liées à nos relations avec l’Union
Européenne avaient su susciter tant d’émois, et
l’objet en était certes autrement plus digne de
polémique.
À première vue, l’on pourrait
s’amuser de la tournure des débats. D’un côté,
assistons au délire de l’UDC, qui a laissé libre
cours à sa paranoïa en brandissant le spectre
d’une “islamisation” de la Suisse. Nous
pourrions effectivement moquer cette analyse
saugrenue en rappelant que les musulmans
représentent à peine 5% de la population suisse
et que la plupart d’entre eux sont issus de
territoires à forte tradition laïque (Balkans,
Turquie). D’autre part, les opposants à
l’initiative n’ont su opposer qu’un argumentaire
geignard, droitdelhommiste et compliqué
d’arguties juridiques. Nous furent servis de
savants avis de droit qui ont argué de cette
initiative la violation de la Convention
Européenne des Droits de l’Homme. À cet égard,
il faut affirmer avec force que rien n’est plus
légitime que la décision souveraine et
démocratique d’un peuple libre et indépendant,
et que rien ne saurait y être opposé !
La signification véritable de
cette initiative a donc été largement éludée.
Car l’initiative anti-minarets n’est qu’une
étape de plus dans la diabolisation de l’Islam
qui a cours depuis le 11 septembre 2001. La
dernière affiche en date de l’UDC, représentant
les trois conseillères fédérales voile
accompagnées de citations misogines de Mahomet
(la droite “conservatrice” jouant la carte du
féminisme, il fallait vraiment qu’ils manquent
d’arguments !), montrent bien que cette question
des minarets n’est qu’un prétexte, un leurre
grossier pour tenter, une fois encore, de monter
les citoyens les uns contre les autres sur la
base d’une querelle vidée de son sens. Le sens
politique de cette stratégie est très clair, et
elle n’est pas le propre de l’UDC. De nombreux
partis à travers toute l’Europe ont trouvé dans
l’islamophobie un fonds de commerce
particulièrement rémunérateur, et ces partis –
comme par hasard – sont presque tous engagés sur
la ligne libérale, suivant ainsi le modèle
américain jusque dans ses paranoïas et ses
délires huttingtoniens. Il ne s’agit au fond que
de la banale stratégie du bouc émissaire, qui
vise à fédérer la communauté nationale qui se
délite contre un ennemi commode fabriqué de
toutes pièces pour la circonstance. Après le
juif et le communiste, c’est aujourd’hui le tour
du musulman d’incarner la cinquième colonne
infiltrée dans notre société pour la subvertir.
Il est tout à fait vrai que le
lien social s’effiloche, que l’amour de la
patrie est aujourd’hui regardé d’un œil
soupçonneux par la police de la pensée, que les
valeurs traditionnelles sont battues en brèche
par les marchands du temple et que l’identité
nationale est l’objet de tous les contresens.
Pourtant, on est en droit de se demander si
l’Islam est responsable de cette situation
déplorable. Albert Camus disait fort justement
que mal nommer les choses, c’est ajouter au
malheur du monde. Nous serions tentés d’ajouter
que mal nommer son ennemi, c’est faire le jeu
objectif de ce dernier.
Car l’islamophobie ambiante
n’est qu’une stratégie du leurre, un rideau de
fumée masquant les nuisances du véritable ennemi
: le libéralisme. C’est l’individualisme
jouisseur promu par la société de consommation
qui est responsable du délitement des valeurs
morales. Qui passe sur nos écrans, s’affiche sur
nos murs et tente chaque jour de faire sa place
dans nos préaux, Paris Hilton ou Mahomet ? Comme
l’a relevé le socialiste Didier Berberat il y a
quelques semaines lors d’un débat à Neuchâtel
(en présence de Tariq Ramadan et de Dominique
Baettig), si l’on doit légitimement avoir peur
des symboles d’une nouvelle colonisation
rampante, alors commençons par démonter les
centaines de McDonald’s qui se sont imposés dans
toutes les régions de notre pays ! Comme nous
l’avons dit plusieurs fois, ceux qui, dans les
quartiers à forte présence immigrée, amènent le
désordre, la violence et la délinquance, ne sont
pas des musulmans en puissance – ce sont, au
contraire, des “Américains en puissance”,
shootés à la propagande télévisuelle de l’argent
facile, du repli égotiste et du communautarisme.
C’est la logique libérale qui
est derrière ce libre-échange qui affaiblit les
nations et les réduit à l’état de coquille vide.
Qui empiète sur la souveraineté des
Etats-Nations et leur impose des politiques
néfastes ? Le grand Califat ou bien les
instances antidémocratiques de la gouvernance
mondiale (OMC, FMI, UE) ? Qui est responsable de
la misère du tiers-monde et pousse à
l’immigration massive des peuples du Sud vers
les pays du Nord ? Est-ce le fruit d’un complot
ourdi dans une grotte pakistanaise ou bien le
résultat de politiques néo-impérialistes menées
par les pays occidentaux ?
Répondre à ces quelques
questions, c’est comprendre que l’Islam est un
faux problème. L’islamophobie est un symptôme,
et non un remède.
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Source : http://www.voxnr.com/cgi-bin/cogit_print/pf.cgi |