Lettre au Président de la République
décembre 2009
Fouad IMARRAINE
dessin : Tignous
Monsieur
le Président
Monsieur le Président,
Vous avez jugé utile de faire
publier un article en pleine période de débat
sur l’identité nationale. Vous demandez aux
musulmans « derniers venus » de la République de
s’adapter afin de rassurer les français
« premiers venus ».
Vous avancez l’idée de la remise
en cause de l’équilibre du vivre ensemble par
l’islam et les musulmans qui ne font pas un
effort d’invisibilité. Vous avez jugé opportun
de défendre le référendum suisse sur les
minarets car il traduirait, d’abord la peur des
Suisses ce qui nous renvoie à celle des
français. Vous, qui avez rejeté la votation
citoyenne sur l’avenir de la Poste.
Monsieur le Président,
Le débat sur l‘identité
nationale n’est pas nouveau de votre part. Vous
en aviez fait votre thème de campagne. Au
lendemain de votre victoire aux élections
présidentielles, vous aviez consacré un
ministère à l’identité nationale afin de
rassurer la frange des citoyens tentés par le
vote F.N. Vous aviez privilégié une partie de la
population contre une autre pour accéder aux
plus hautes fonctions de l’Etat.
Vous aviez promis tant de
choses, vous aviez proposé tant de rêves que la
crise des « subprimes » est venue vous rappeler
la dure réalité du pouvoir. Cette crise est
venue vous rappeler qu’on ne gère pas un Etat,
une Nation comme si on gérait une entreprise ou
une équipe de football.
Monsieur le Président,
Votre incapacité à maintenir vos
promesses électorales surréalistes vous pousse
aux vieilles recettes de diversion afin de ne
pas focaliser le débat sur votre gestion. Après
avoir tenté l’affaire du « groupuscule
d’extrême-gauche » dans le sabotage des rails de
chemin de fer. Après avoir tenté une autre
diversion sur l’affaire des quelques centaines
de « burqas », vous continuez la charge sur
l’identité nationale qui était la promesse pour
l’électorat volatil d’extrême droite. Ceci n’a
pas eu les résultats escomptés. Les français ont
compris que face à la crise, face aux
licenciements sans fin, vous cherchez à ne plus
assumer vos engagements. Enfin, l’affaire des
minarets en Suisse vient à votre secours pour
réanimer le débat. Votre article dans le Monde
traduit votre désespoir.
Monsieur le Président,
Rappelons-nous, que sur le
dossier du CFCM, vous aviez usé de pressions sur
ses futurs membres afin qu’ils ne refusent rien.
Vous aviez finalisé en façade un projet qui
n’est utile pour personne aujourd’hui.
Rappelons-nous aussi, que vous aviez occupé les
débats sur le thème de l’insécurité des jeunes
et des rassemblements en bas des immeubles. Au
lieu d’aider les jeunes, vous avez choisi la
voie de la criminalisation de leurs sorts. Vous
avez aussi tenté sur le terrain de la sécurité
de transformer la police républicaine en une
milice réduite à la religion du chiffre. Ceci
non plus n’a pas eu les résultats escomptés. La
liste est longue sur les échecs de votre
politique.
Rappelons-nous, Monsieur le
Président, que votre article suggérant aux
musulmans de faire plus de concessions, nous
renvoie à des heures sombres de notre histoire.
Combien de concessions avions-nous demandé aux
juifs de France pour qu’ils soient considérés
« assez français » aux yeux de leurs
concitoyens. Cela les a-t-il protégés de
l’extermination opérée par les nazis et soutenus
par le pourvoir tout légitime de Vichy, ainsi
que l’intervention toute aussi légale de notre
police républicaine pour les envoyer par
dizaines de milliers dans les camps nazis.
Monsieur le Président,
Ressaisissez-vous avant qu’il ne
soit trop tard. Vous avez tenté la diversité à
la limite de la diversion. Les idées généreuses
ne peuvent être réduites à de simples
stratégies. Les idées généreuses de fraternité,
de liberté et d’égalité sont bien vivantes en
France. Car aujourd’hui celles et ceux qui
s’accrochent à la France d’hier sont celles et
ceux qui ne vivent pas dans la France
d’aujourd’hui. Je pensais que vous n’en faisiez
pas partie.
Monsieur le Président,
Avec vous ou sans vous, la
France se fera avec ses composantes, ses
contradictions, ses échecs et ses réussites.
L’école républicaine a pu donner les outils pour
porter le flambeau d’une France, forte par ses
idéaux, généreuse par ses citoyens, humble
auprès des plus faibles et ferme avec les
injustes.
C’est cette France qui se
dessine aujourd’hui et ce n’est pas ce genre de
faux débats qui arrêteront sa marche.
La diversité dans l’égalité se
renforce au jour le jour. La diversité dans la
laïcité se vit tous les jours mal gré bon gré.
La diversité dans la liberté se répand de plus
en plus malgré les résistances. La diversité en
toute citoyenneté.
Posté par : djourdain2@yahoo.fr |