|
Publié le
11 janvier 2010 à 16h49
Par Seidik Abba Envoyé spécial de la
PANA
Tunis, Tunisie (PANA) - Le Prix Nobel
d’économie 2001 Joseph Stiglitz a
dénoncé lundi à Tunis les subventions
accordées par les Etats-Unis à leurs
producteurs de coton, estimant qu’elles
mettent en danger près de 10 millions
d’Africains.
Invité du Programme des « éminents
orateurs » de la Banque africaine de
développement (BAD), M. Stigilitz a
souligné que chaque année, les
Etats-Unis accordent près de 3 milliards
de dollars de subventions à leurs 25.000
producteurs du coton.
« Ces subventions tirent vers le bas le
prix du coton sur le marché
international. Si les Etats-Unis
renonçaient à cette pratique
inadmissible, ils rendraient justice à
des millions d’Africains », a-t-il
déclaré lors de sa conférence publique
sur le thème : « L’après-crise
financière : les options pour
l’Afrique ».
Près de 10 millions d’Africains vivent
directement ou indirectement de la
production du coton au Bénin, au Burkina
Faso, au Mali et au Tchad.
« L’exemple du coton illustre bien les
iniquités des échanges commerciaux dans
le monde. Je rappelle que le Brésil a
obtenu la condamnation des Etats-Unis
pour des pratiques déloyales, mais ces
mauvaises pratiques continuent de plus
belle », s’est emporté le prix Nobel et
professeur d’économie à Columbia
University, près de New York.
Il s’est par ailleurs prononcé sur
l’évolution des négociations
commerciales internationales menées sous
l’égide de l’Organisation mondiale du
commerce (OMC), plus connues sous le nom
de cycle de Doha, du nom de la capitale
du Qatar.
« Initialement, ces négociations
devaient contribuer au développement et
corriger les inégalités dans échanges
mondiaux. Force est de reconnaître
aujourd’hui qu’elles ont été totalement
dévoyées. L’Afrique n’a rien à en
espérer », a soutenu le coauteur du
Rapport du groupe d’experts
intergouvernemental sur les changements
climatiques publié en 2007.
Pour M. Stigilitz, la place congrue
accordée à l’agriculture dans les
négociations en cours doit conforter le
pessimisme et convaincre les Etats en
voie de développement que leurs intérêts
ne seront pas, au final, pris en compte.
« On ne peut prétendre équilibrer les
échanges mondiaux et ne pas prendre en
compte l’importance de l’agriculture
africaine. C’est à la fois un enjeu de
développement et une question d’équité.
Le cycle de Doha se poursuit comme si on
n’avait tiré aucune leçon de la dernière
crise alimentaire mondiale », a encore
dit le prix Nobel d’économie.
Près de 500 personnes représentant des
institutions internationales, des
milieux d’affaires et de la recherche,
ainsi que des diplomates et décideurs
politiques ont assisté à Tunis à la
conférence de M. Stiglitz, également
retransmise par visioconférence au
Nigeria, en RD Congo, au Sénégal, au
Rwanda et en Tanzanie. |